dimanche 30 novembre 2008

La guitare

Michel del Castillo

Désespéré, désespérant de la nature humaine.
Le héros du livre non seulement est nain, mais en plus d’une laideur repoussante, qui l’isole des autres, leur fait peur. Tout le monde le croit aussi méchant qu’il est laid et lui rend la vie impossible. Il va être acculé, progressivement, à se comporter comme le monstre dont il a l’air, pour survivre. A un moment donné pourtant, il croit avoir trouvé le langage qui lui permettrait de communiquer, de sortir de ce malentendu dans lequel il est enfermé : sa guitare devait lui servir d’interprète.


Il travaille la musique sans relâche pendant plusieurs années pour parvenir à exprimer, grâce à son instrument, l’humanité et la beauté qui sont en lui, pour enfin, peut-être, parvenir à se faire aimer. L’incompréhension l’emportera : il sera lapidé, mutilé, poussé au suicide.
Terrible, violent, cru, sans beaucoup de nuance. Les méchants le restent et la victime aussi, il n'y a plus d'espoir....

La dernière page tournée, je reste tout de même ébranlée.
Et puis, pourquoi Michel del Castillo définit-il son texte de "récit" et non pas de roman ?

Un récit est "une narration d'évènements réels ou imaginaires". En quoi La guitare n'est-elle pas un roman ? Le mot de récit ajoute-t-il une touche d'authenticité, de vraisemblance ?

mardi 25 novembre 2008

Amours en fuite

Bernhard Schlink
Ces sept nouvelles vraiment bien ficelées me laissent une impression de malaise, de mélancolie, de tristesse, parce qu'il s’agit d’un ratage complet à chaque fois, le personnage passe à côté de l’essentiel. Comme si l'amour, pour Schlink, ça ne pouvait que rater, toujours !

Mes deux préférées, je crois :
L’autre, une intrigue très réussie :
Juste après la mort de sa femme Lisa, une lettre arrive pour elle d’un expéditeur inconnu. Le héros découvre de cette façon qu’elle aimait aussi un autre homme que lui. C’est comme s’il devait affronter la mort de sa femme une deuxième fois. Dans son désarroi, il répond, anonymement : « la Lisa que vous avez connue est morte ». L’autre se méprend, croit que Lisa lui explique ainsi qu’elle ne veut plus entendre parler de lui, il répond pour insister et la persuader de renouer. S’engage alors une correspondance entre les deux hommes, le mari se faisant passer pour sa femme morte. Il veut savoir ce qu’elle lui trouvait qu’il n’a pas, comment elle était avec l’autre, différente d’avec lui ou pareille ? Il finit par aller voir l’autre, s’introduit dans sa vie anonymement, le déteste et le méprise, fomente sa vengeance… je préserve le suspens de la fin.
Pas de Schlink sans culpabilité (même si cette fois-ci, ce n’est pas celle de la Shoah) : moi qui croyais connaître ma femme, qui croyait la rendre heureuse, comment ai-je fait pour ne rien voir, pour me tromper moi-même sur tout ? etc, etc, ça résonne en moi, bien sûr…
Dans la circoncision, on retrouve une des obsessions de Schlink, la culpabilité d’être allemand. Un jeune allemand qui étudie aux Etats Unis tombe amoureux d’une américaine juive. Ils ont beau s’aimer très fort, ils se disputent souvent. Malgré toute la bonne volonté de son amie Sarah et de son entourage, il a toujours le sentiment qu’on lui reproche ses origines plus ou moins inconsciemment, plus ou moins ouvertement. Il est prêt à tout pour se faire pardonner ce que la génération précédente a fait, prêt à renoncer à l’intégrité de la partie la plus sensible de son anatomie pour se faire accepter. Il se fait circoncire et découvre ainsi à quel point Sarah et lui sont différents... cette histoire d’amour va échouer, elle aussi.

samedi 22 novembre 2008

La pleurante des rues de Prague

Sylvie Germain
Le livre entier est un poème en prose. Une atmosphère étrange, fantomatique, qui est-elle, cette géante qui erre dans Prague ? Un peu de chacun de nous, un peu de chacune de nos souffrances ? Envoûtement et émotion inexplicables et inexprimables.
J'y ai découvert une des pages qui me sont devenues indispensables. Parce que c'est exactement cela que je ressens. Avec des mots que je n'aurais pas pu trouver moi-même mais qui résonnent de la musique que j'aime. Je sais, c'est un peu trop long, mais je ne peux pas couper :
La pleurante des rues de Prague, Sylvie Germain, extrait.

mercredi 19 novembre 2008

Toi, Pénélope

Annie Leclerc

Un des mythes fondateurs de la littérature et un des plus machos qui soient : Pénélope attend fidèlement son mari pendant 20 ans, sans savoir s'il est mort ou s'il se la coule douce avec les plus sublimes des déesses.
La fin de l’Odyssée chantée par Pénélope elle-même, paroles de femme qui lui sont soufflées par Annie Leclerc, la féministe qui aime les hommes. Ca déménage…
D’autant plus que l’auteur insère des extraits du texte original au milieu de son texte à elle, extraits imprimés en italique, heureusement, parce qu’à certains moments, on ne pourrait pas (enfin, JE ne pourrais pas) voir la différence entre les deux. Elle a adapté son style, pour atteindre une poésie et une fluidité d’écriture voisines de celle d’Homère.
Je suis emportée, conquise, impossible d’être objective.
Je voudrais en recopier certains extraits. Mais ça me fait peur. C’est un tout, une envolée, si je coupe des petits bouts, je risque de trahir.
Je ne résiste pas, quelques lignes, presque les dernières, puisqu’Ulysse repart encore, pour accomplir la prédiction de Tirésias :
Ni les plaintes, ni les supplications, ni les grâces multipliées des femmes ne retiennent les hommes de partir, mais, bien au contraire, ne font que précipiter leur éloignement…
Tu sais désormais qu’Ulysse n’est pas d’abord présent, puis longtemps absent pour être enfin rendu à la présence réelle. En réalité, tu le comprends maintenant, Ulysse vient et part ; en même temps. Ensemble, Ulysse donné et retiré. La séparation est inscrite au cœur de votre alliance. Et l’une à l’autre sont attachées, indéfectiblement.
L’amour d’Ulysse et de Pénélope pourra bien traverser des siècles et des siècles de légende, tu sais, toi, que vous aurez passé votre vie à ne pas la passer ensemble, et que c’est ainsi que vous serez liés à la vie à la mort. Ulysse est parti. C’est ainsi que tu le gardes, Ulysse se languit de toi. C’est ainsi qu’il te reste attaché.