jeudi 14 mai 2015

A la recherche du temps perdu

Marcel Proust

A la recherche de la phrase parfaite.
Au début oui, c'est long, très long, parfois ennuyeux, souvent bavard, très démodé, voire dépassé. Oui, lire Proust peut, par moments, être décourageant : on se perd dans cette multitude de personnages, dans ces discours à rallonge. 
Pourtant, en refermant le dernier tome de La recherche, il me vient une impression presque de tristesse, comme après le départ d'un ami. Je me retrouve avec ce besoin de témoigner de cette aventure exceptionnelle. Alors tant pis si mon hommage est naïf, maladroit et débordant de banalités. 


Pour lire La recherche, il faut accepter de se laisser aller, de s'embarquer au rythme de ces phrases démesurées. C'est une vague qui  roule, une musique. La phrase de Proust c'est la pensée qui divague, cherche et fouille au plus profond. Elle n'est pas superficielle, elle explore et analyse les sensations jusqu'au bout, réussissant ainsi à extraire des profondeurs du souvenir les paysages, les personnages et les sentiments. La recherche du temps perdu nous parle de l'essentiel, de l'amour, de la jalousie, de l'autre, de la mémoire et du temps, La recherche nous parle de nous. 


La conception de la jalousie chez Proust : « Comme jaloux, je souffre quatre fois : parce que je suis jaloux, parce que je me reproche de l’être, parce que je crains que ma jalousie ne blesse l’autre, parce que je me laisse assujettir à  une banalité. Je souffre d’être exclu, d’être agressif, d’être fou, et d’être commun »
 Pour finir,  une page extraite du dernier volume, Le Temps retrouvé. 



dimanche 8 mars 2015

La vérité au coeur de la création littéraire

Quelques moments de grâce pendant l'émission La grande librairie du 5 mars.

 
On pourrait dire que chez Fred Vargas, la création littéraire est un phénomène surnaturel. D'abord, elle ne choisit pas ses sujets de roman, ce sont eux qui s'imposent. L'écrivain commence par passer en revue pendant des mois les différentes idées qui se présentent et qui ne lui conviennent pas, et surtout à se battre avec celles qui ne « veulent pas se jeter d'elles-mêmes à la poubelle ». Cela dure jusqu'à ce qu'elle capitule, parce que, si elle n'obéit pas, ces idées indociles ne la lâcheront pas. Et ensuite, c'est le tour des phrases,  elles décident elles-mêmes et prennent le pouvoir. Les mots écrivent tout seuls, entraînant des péripéties qui surviennent alors « qu'elle n'était même pas au courant ». Cela semble impossible, et c'est ainsi pourtant, Fred Vargas vampirisée par ses personnages, ils habitent en elle, prennent le contrôle, qui façonne l'autre ?

Pour Jean-Luc Seigle aussi, les mots écrivent tout seuls. Il explique comment, soudain, surgit une phrase à laquelle il n'avait pas pensé 2 secondes avant, qui a une vie propre sans que lui, l'écrivain, n'ait rien décidé.
La jeune fille héroïne de son dernier livre a vraiment existé et il écrit à la première personne du singulier. C'est vraiment très difficile pour lui, un homme de plus de 50 ans. Après des mois de travail, il bascule et devient réellement son personnage, il en a « la preuve grammaticale » : le « je » est venu naturellement, avec les accords au féminin, sans qu'il n'ait besoin de se corriger. Il soutient que la vérité d'un être est écrite dans un roman et non dans une biographie.

Pourquoi Jérôme Ferrari est-il fasciné par la physique quantique? Parce que sa complexité la rendant inexplicable par le langage, on ne peut l'évoquer que par métaphore : le physicien devient poète. Encore un roman, et non une biographie, pour aborder la vie du physicien allemand Heisenberg et interroger sa vérité ambiguë et contradictoire.

A quoi donc veut-il échapper, Patrick Poivre d'Arvor, qui avoue, avec sincérité, fuir tout le temps : «  Je cours, au propre comme au figuré, je cours toute la journée, je fonctionne comme cela. Même quand j'en ai marre, je ne peux pas m'empêcher de continuer. » Citant Pessoa La fuite, parfois, est un refuge : 
Ecrire, en fin de compte, est une fuite et un refuge.

samedi 28 février 2015

L'oubli

Frederika Amalia Finkelstein


Pas d'histoire réelle, des flashs qui reviennent par bribes dans la mémoire d'une jeune fille au cours d'une déambulation dans Paris. Fouillis, chaotiques, incontrôlables pensées de cette jeune Alma obsédée, hantée par la mort, par la mort dans les camps de concentration.
Deux scènes importantes : une rencontre avec Martha Eichman, oui la petite fille, qui survient comme un coup de tonnerre. Et le suspense du chien, régulièrement et habilement insinué tout au long du livre, et qui ne tombe que vers la fin. Les deux fois, une impression d'être, comme la narratrice, dans un songe, à côté de la réalité, détaché. Scènes fortes mais froides, troublantes mais sans émotion profonde.
Deux passages, deux raisonnements par l'absurde, qui viennent conforter l'obsession d'Alma.
p. 52 L'auteure compare le mot allemand aussterben et son équivalent en français disparaître. Dans aussterben il ya mourir, pas dans disparaître. Alors elle enchaîne :
« Car pour qui met en place la solution finale, autrement dit le disparaître d'un peuple dans son intégralité, il est bon de savoir ce que disparaître signifie. Or ce qui ne disparaît pas intégralement ne peut pas disparaître du tout. La disparition ne peut pas être partielle. Si Hitler, Himmler, Heidrich et Eichman n'ont pas réussi à faire disparaître tous les Juifs d'Europe, cela revient à affirmer qu'ils n'ont fait disparaître aucun Juif. Et si mon raisonnement est valable pour les Juifs, je dois admettre à contrecoeur qu'il est aussi valable pour les nazis. Les nazis n'ont pas entièrement disparu ; ce qui revient à dire qu'aucun n'a disparu. » 
p. 80
"Les noms qui ont fait le mal entrent dans notre mémoire de manière aussi intense que les noms qui ont fait le bien. Nous n'établissons aucune hiérarchie. Le nom Hitler n'est pas loin d'être aussi célèbre que le nom Jésus-Christ et le nom Michael Jackson. Je pense qu'aujourd'hui Hitler est un mythe au même titre que Jésus-Christ est un mythe et que Michael Jackson est un mythe : nous ne pouvons pas oublier ces noms parce qu'ils sont ancrés dans notre mémoire. Les 14 000 000 d'êtres humains exterminés entre 1941 et 1945 ne sont pas des mythes : nous ne connaissons pas leur nom. Ils sont poussière, ils sont chiffres. Voilà ce que nous avons fait. Nous avons fait des victimes un amas de chiffres, puis nous avons fait des bourreaux un amas de mythes."
Où finira l'errance d'Alma et celle de ses pensées qui tournent en rond dans le vide jusqu'à la folie…. 

C'est raté, il n'y a plus qu'à ..oublier vite ce livre et c'est dommage !