mardi 28 septembre 2010

HHhH

Laurent Binet. 

Je l'ai refermé il y a un petit moment déjà, et suis encore sous le charme.
Enfin, je reconnais que « charme » n’est peut-être pas le mot le plus approprié, concernant l’histoire de l’attentat contre Heydrich. Car c’est de cela dont il s’agit, mais pas seulement, il s’agit aussi de la façon dont un jeune écrivain français amoureux de la Tchéquie d’aujourd’hui raconte certaines heures sombres de la Tchécoslovaquie, il s’agit des liens entre l’Histoire et la littérature. Laurent Binet raconte deux histoires en parallèle, celle de l'évènement historique et la sienne, durant le temps de la préparation et de l'écriture de son livre. A la fois dedans et dehors, il s'interroge en permanence sur la légitimité de romancer les scènes dont il ne connait pas tous les détails précis, tout en maintenant le suspense.
C’est spontané, sincère,  prenant, documenté, respectueux des preuves existantes, souvent s’ajoute même une pointe d’humour, qui jamais ne trahit la tragédie.
Ce roman, puisque c'en est un, est resté longtemps sur ma table de nuit, avant de rejoindre mes étagères.

lundi 23 août 2010

Cinéma et littérature

Je serais bien incapable de faire une dissertation sur les rapports qu’entretiennent le cinéma et la littérature (ou l’inverse ?). Je reconnais avoir souvent été déçue par la confrontation. 
Tout dernièrement encore, charmée par  Le patient anglais film d’Anthony Minghella , j’ai voulu prolonger par L’homme flambé, roman  de Michael Ondaatje. J’aurais pu m’en passer. Et  si j'avais commencé par le livre, aurais-je aimé le film ?
Mon premier souvenir de comparaison cinémato-littéraire, c’est  Le Grand Meaulnes. Adolescente, je pouvais réciter par cœur des passages entiers du livre. Le film d’Albicocco (pourtant « chapeauté » par Isabelle Rivière, sœur d’Alain-Fournier), m’a laissée sur ma faim, malgré tous ses atouts, Brigitte Fossey  jeune fille,  en tête.  Qu'en pensent ceux qui auraient pu le voir au cinéma avant de lire le roman?
Oublier le texte dont s’inspire un film, ne pas chercher à retourner au livre qui a fourni la matière d’un scénario, chacun sa vie. Est-ce possible ?
Lolita, Nabokov, Stanley Kubrick
Le Seigneur des anneaux, Tolkien, Peter Jackson
Le journal d’un curé de campagne, Bernanos, Robert Bresson…
Si besoin je peux continuer la liste.

lundi 19 juillet 2010

Tristano meurt

Antonio Tabucchi
Troisième tentative, après Pereira prétend, vite arrêté en route et Il se fait tard, de plus en plus tard, dont je n’ai pratiquement aucun souvenir, bien que sûre de l’avoir lu en entier.
Cette fois-ci j'accroche : Tristano meurt, Tristano agonise. Je me suis laissée porter par ses divagations, ses hallucinations provoquées par la douleur et la morphine. Certains thèmes reviennent en boucle, comme un refrain, il s’agace de la mouche attirée par la gangrène, il confond les noms des femmes aimées. Il n’a pas peur, il accepte de partir, sa seule angoisse est d’affronter le souvenir de ce qui s’est réellement passé, ce matin-là sur la montagne, je n’ai pas tout compris : oui, il y a eu trahison, mais qui a trahit qui ? Tout se mélange, se télescope, le réel, l’imaginé, le temps, les personnes, les vivantes, les mortes, le rêve, la réalité. Par moment des éclairs de lucidité foudroyants qui ne dénouent pas le mystère pour autant. Heureusement, c’est progressif. Le discours se déstructure au fur et à mesure de l'avancée de l’agonie. Ca donne au lecteur le temps d’entrer dans l’indicible.
Non ce n’est pas sinistre, certains passages sont extraordinaires, je voudrais en extraire quelques-uns, en espérant n’être pas réductrice. Mais c’est impossible, un mot en entraîne un autre comme il se doit quand on délire, il me faudrait copier des pages entières.
Alors voici une page entière : Tristano meurt, extrait.

lundi 21 juin 2010

Hors champ

Sylvie Germain
Excellente idée, cet homme qui disparait petit à petit, qui devient indifférent à tous, même à ceux qui l’aiment le plus, jusqu'au point de s’effacer de leur mémoire, en une semaine. Un personnage bien vivant qui s’évapore alors que dans les livres de Sylvie Germain précédents, c’était plutôt l’inverse : des fantômes qui s’incarnaient.
La première déception, c’est que cette superbe idée de départ ne débouche sur rien, on comprend très vite ce qui va se passer, et cela se passe, sans surprise.
La plus grosse déception, c’est de ne pas retrouver ce style inimitable de Sylvie Germain. J’aime tant ses phrases très riches comme dans La pleurante des rues de Prague.

Si j’avais lu Hors champ à l’aveugle, sans connaître le nom de l’auteur, jamais je ne l’aurais reconnue, c’est scientifiquement descriptif et froid comme un scalpel, il n’y a qu’au moment où le personnage principal regarde le fameux tableau de Courbet que Sylvie Germain retrouve un peu de sa couleur.
Bon, je reconnais que pour écrire l’histoire d’un mec qui s’évapore, les phrases poétiquement chargées ne sont peut-être pas l’idéal. Il faut du léger et du transparent, du rien. La marque d’un bon écrivain ne serait-elle pas justement cette capacité à adapter son style à son histoire ? Quand même, sa musique baroque m’a manquée.

samedi 12 juin 2010

La nuit de l'oracle

Paul Auster

Jeux de pistes, mise en abymes, histoire à tiroir, tiroir, tiroir. La fiction créée-t-elle la réalité, ou bien la réalité rejoint-elle la fiction?
Incroyables allers et retours entre l’imaginaire et le concret. Roman policier ou roman d’amour, je suis restée scotchée, aimantée du début à la fin, souvent surprise, jamais perdue. Auster, virtuose du scénario, je voudrais essayer en V.O., pour voir si mon anglais est au rendez-vous.

samedi 15 mai 2010

Le Tunnel

Ernesto Sabato

Lu à propos des « Etats généraux de la femme » organisés par Elle, il y a 40 ans :
« Si une femme trompe son mari, est-ce une faute inexcusable dans tous les cas ou une faute plus ou moins pardonnable selon les circonstances ? »
La question est alors primordiale. Jusqu'en 1975, l'adultère est sanctionné d'une peine d'emprisonnement de trois mois à deux ans, selon l'article 337 de l'ancien Code pénal.

La question de la fidélité, toujours actuelle.
Exemple : un homme vit avec une femme depuis 20 ans. Il en rencontre une autre, il pense avoir enfin trouvé son « âme sœur ». Leurs corps, leurs cœurs et leurs esprits s’accordent et vibrent ensemble. Et pourtant, s’il devait choisir entre les deux, il renoncerait à son âme-sœur pour rester avec sa femme. Fidèle ou infidèle ?
Juan Pablo (personnage principal du roman Le tunnel d’Ernesto Sabato), devant cette contradiction, dirait que c’est impossible, si cet homme est capable de renoncer, c’est que son amour pour l'autre n’est pas du tout aussi intense qu’il le prétend… Juan Pablo, à la place de cette femme, (de laquelle des deux, d’ailleurs ?), à la place de l’une ou l’autre de ces deux femmes, passerait son temps à douter et à se ronger de jalousie.

Dans le roman d’Ernesto Sabato, Juan Pablo, personne n’en doute, est malade. Enfermé dans son tunnel, dans son délire. Quoiqu’il arrive, ou quoiqu’on dise, cela « prouve » que l’autre le trompe. Et c’est là toute la réussite du livre : jusqu’à la fin on ne sait pas. Juan Pablo pourrait avoir raison, mais ce n’est pas du tout sûr. Même la dernière scène où il attend dans le parc et guette les lumières des fenêtres. A l’étage, une seule lumière reste allumée une bonne partie de la nuit, et alors ? Peut-être ont-ils juste parlé longtemps, peut-être ont-ils écouté de la musique. Après tout, sa lumière à elle s’est finalement allumée. S’ils étaient amants, elle aurait partagé son lit jusqu’au matin… Ou alors, est-ce moi qui ne veux pas voir, ils sont amants, c’est évident, sinon, ils seraient restés en bas dans le salon ! Mais on ne connait pas la configuration des lieux, aucune preuve, jamais, ni dans un sens, ni dans l'autre.

Juan Pablo a beau être terriblement antipathique, je ne peux m’empêcher de lui trouver des circonstances atténuantes : accepter de partager celui ou celle qu'on aime, c’est si difficile.

jeudi 22 avril 2010

Désert


Jean-Marie Le Clézio

Ca valait le coup de l'attendre. Un poème en prose de 250 pages, deux histoires parallèles qui se répondent, une langue limpide et riche, incantatoire. Un voyage inoubliable, la brûlure du soleil, la soif et la douleur des pieds nus qui saignent sur les cailloux.
Inoubliable.

Goncourt des lycéens

Je ne sais pas pourquoi je suis restée si longtemps sans rien poster. Pourtant j'ai beaucoup lu de "Goncourables".
J'en ai déjà oublié certains, d'autres resteront marqués, pour des raisons diverses, Jan Karski, Trois femmes puissantes, Le club des incorrigibles optimistes.
Et depuis cette série, il y eu Dany Laferrière lu peu après le séisme en Haïti. Ecrit 10 ans avant le cataclysme, tout y est déjà présent : Pays sans chapeau, le pays où vont les morts, la misère, la poussière, la sueur, la vie réelle ou la vie rêvée ?