dimanche 8 mars 2015

La vérité au coeur de la création littéraire

Quelques moments de grâce pendant l'émission La grande librairie du 5 mars.

 
On pourrait dire que chez Fred Vargas, la création littéraire est un phénomène surnaturel. D'abord, elle ne choisit pas ses sujets de roman, ce sont eux qui s'imposent. L'écrivain commence par passer en revue pendant des mois les différentes idées qui se présentent et qui ne lui conviennent pas, et surtout à se battre avec celles qui ne « veulent pas se jeter d'elles-mêmes à la poubelle ». Cela dure jusqu'à ce qu'elle capitule, parce que, si elle n'obéit pas, ces idées indociles ne la lâcheront pas. Et ensuite, c'est le tour des phrases,  elles décident elles-mêmes et prennent le pouvoir. Les mots écrivent tout seuls, entraînant des péripéties qui surviennent alors « qu'elle n'était même pas au courant ». Cela semble impossible, et c'est ainsi pourtant, Fred Vargas vampirisée par ses personnages, ils habitent en elle, prennent le contrôle, qui façonne l'autre ?

Pour Jean-Luc Seigle aussi, les mots écrivent tout seuls. Il explique comment, soudain, surgit une phrase à laquelle il n'avait pas pensé 2 secondes avant, qui a une vie propre sans que lui, l'écrivain, n'ait rien décidé.
La jeune fille héroïne de son dernier livre a vraiment existé et il écrit à la première personne du singulier. C'est vraiment très difficile pour lui, un homme de plus de 50 ans. Après des mois de travail, il bascule et devient réellement son personnage, il en a « la preuve grammaticale » : le « je » est venu naturellement, avec les accords au féminin, sans qu'il n'ait besoin de se corriger. Il soutient que la vérité d'un être est écrite dans un roman et non dans une biographie.

Pourquoi Jérôme Ferrari est-il fasciné par la physique quantique? Parce que sa complexité la rendant inexplicable par le langage, on ne peut l'évoquer que par métaphore : le physicien devient poète. Encore un roman, et non une biographie, pour aborder la vie du physicien allemand Heisenberg et interroger sa vérité ambiguë et contradictoire.

A quoi donc veut-il échapper, Patrick Poivre d'Arvor, qui avoue, avec sincérité, fuir tout le temps : «  Je cours, au propre comme au figuré, je cours toute la journée, je fonctionne comme cela. Même quand j'en ai marre, je ne peux pas m'empêcher de continuer. » Citant Pessoa La fuite, parfois, est un refuge : 
Ecrire, en fin de compte, est une fuite et un refuge.

Aucun commentaire: