Quelques moments de grâce pendant l'émission La grande librairie du 5 mars.
On
pourrait dire que chez Fred Vargas, la création littéraire est un
phénomène surnaturel. D'abord, elle ne choisit pas ses sujets de
roman, ce sont eux qui s'imposent. L'écrivain commence par passer en
revue pendant des mois les différentes idées qui se présentent et
qui ne lui conviennent pas, et surtout à se battre avec celles qui
ne « veulent pas se jeter d'elles-mêmes à la poubelle ».
Cela dure jusqu'à ce qu'elle capitule, parce que, si elle n'obéit
pas, ces idées indociles ne la lâcheront pas. Et ensuite, c'est le tour des
phrases, elles décident elles-mêmes et prennent le pouvoir. Les mots écrivent
tout seuls, entraînant des péripéties qui surviennent alors
« qu'elle n'était même pas au courant ». Cela semble
impossible, et c'est ainsi pourtant, Fred Vargas vampirisée
par ses personnages, ils habitent en elle, prennent le contrôle, qui
façonne l'autre ?
Pour
Jean-Luc Seigle aussi, les mots écrivent tout seuls. Il explique
comment, soudain, surgit une phrase à laquelle il n'avait pas pensé
2 secondes avant, qui a une vie propre sans que lui, l'écrivain,
n'ait rien décidé.
La
jeune fille héroïne de son dernier livre a vraiment existé et il
écrit à la première personne du singulier. C'est vraiment très difficile
pour lui, un homme de plus de 50 ans. Après des mois de travail, il
bascule et devient réellement son personnage, il en a « la preuve
grammaticale » : le « je » est venu
naturellement, avec les accords au féminin, sans qu'il n'ait besoin de
se corriger. Il soutient que la vérité d'un être est écrite dans
un roman et non dans une biographie.
Pourquoi Jérôme
Ferrari est-il fasciné par la physique quantique? Parce que sa
complexité la rendant inexplicable par le langage, on ne peut
l'évoquer que par métaphore : le physicien devient poète. Encore
un roman, et non une biographie, pour aborder la vie du physicien
allemand Heisenberg et interroger sa vérité ambiguë et
contradictoire.
A
quoi donc veut-il échapper, Patrick Poivre d'Arvor, qui avoue, avec
sincérité, fuir tout le temps : « Je cours, au propre comme au
figuré, je cours toute la journée, je fonctionne comme cela. Même
quand j'en ai marre, je ne peux pas m'empêcher de continuer. »
Citant Pessoa La fuite, parfois, est un refuge :
Ecrire, en fin de compte, est une fuite et un refuge.
Ecrire, en fin de compte, est une fuite et un refuge.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire