mercredi 19 novembre 2008

Toi, Pénélope

Annie Leclerc

Un des mythes fondateurs de la littérature et un des plus machos qui soient : Pénélope attend fidèlement son mari pendant 20 ans, sans savoir s'il est mort ou s'il se la coule douce avec les plus sublimes des déesses.
La fin de l’Odyssée chantée par Pénélope elle-même, paroles de femme qui lui sont soufflées par Annie Leclerc, la féministe qui aime les hommes. Ca déménage…
D’autant plus que l’auteur insère des extraits du texte original au milieu de son texte à elle, extraits imprimés en italique, heureusement, parce qu’à certains moments, on ne pourrait pas (enfin, JE ne pourrais pas) voir la différence entre les deux. Elle a adapté son style, pour atteindre une poésie et une fluidité d’écriture voisines de celle d’Homère.
Je suis emportée, conquise, impossible d’être objective.
Je voudrais en recopier certains extraits. Mais ça me fait peur. C’est un tout, une envolée, si je coupe des petits bouts, je risque de trahir.
Je ne résiste pas, quelques lignes, presque les dernières, puisqu’Ulysse repart encore, pour accomplir la prédiction de Tirésias :
Ni les plaintes, ni les supplications, ni les grâces multipliées des femmes ne retiennent les hommes de partir, mais, bien au contraire, ne font que précipiter leur éloignement…
Tu sais désormais qu’Ulysse n’est pas d’abord présent, puis longtemps absent pour être enfin rendu à la présence réelle. En réalité, tu le comprends maintenant, Ulysse vient et part ; en même temps. Ensemble, Ulysse donné et retiré. La séparation est inscrite au cœur de votre alliance. Et l’une à l’autre sont attachées, indéfectiblement.
L’amour d’Ulysse et de Pénélope pourra bien traverser des siècles et des siècles de légende, tu sais, toi, que vous aurez passé votre vie à ne pas la passer ensemble, et que c’est ainsi que vous serez liés à la vie à la mort. Ulysse est parti. C’est ainsi que tu le gardes, Ulysse se languit de toi. C’est ainsi qu’il te reste attaché.

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