jeudi 14 avril 2011

La Tache

Philip Roth

Mon gros défaut en tant que lectrice, c’est de lire trop vite. Alors quand j’ai vraiment beaucoup aimé un livre et que je suis frustrée de l’avoir déjà fini, à peine la dernière page tournée, je relis quelques  passages, à voix haute souvent, au ralenti toujours. Je n’ai jamais changé ma façon de lire, il me semblait qu’elle me convenait.

Jusqu’à « La tache ». Et ce n'est pas à cause de la construction du récit un peu complexe, avec des allers et retours, des avancées dans le temps d’avant, des allusions au futur, des changements de focale, j’aime bien ça, je suis facilement, ça ne me fait pas ralentir le rythme. Mais là, je me suis fait piéger avec cette histoire.

Un universitaire en fin de carrière,  pas antipathique mais pas franchement attirant non plus, à qui il arrive cette mésaventure incroyablement injuste : il se fait traiter de raciste et mettre au ban de sa fac pour une broutille, un seul mot mal interprété. Pour comprendre sa réaction démesurée, Roth nous fait voyager, nous donne le témoignage de plusieurs personnes qui l'ont côtoyé tout au long de sa vie, on replonge dans son enfance, et puis tout d’un coup on se rend compte qu'on est complètement perdu, de qui est-il question en ce moment ? Oui il s’agit bien de notre héros, mais ce n'est pas possible, je croyais qu’il était juif, Coleman, il n’est pas Noir. Mais si, il est Noir.

Un métis très blanc, aux USA, est considéré comme Noir. Il vit dans la communauté Noire, il est Noir. Comment a fait l’auteur pour réussir la mystification et nous faire marcher pendant tant de pages ? Comment a fait le héros pour cacher ça à toute sa famille, sa femme, ses enfants ( il a tenté le jackpot, parce que les lois de la génétique auraient pu lui être fatales) ? Même à Faunia, à celle qui va le ressusciter, lui redonner goût à la vie, dans la toute dernière partie de sa vie, celle qui lui apprend la liberté, la seule peut-être totalement indifférente à la question, le lui avoue-t-il ? Ce n'est pas sûr.

C’est cela le sujet du livre : Qui suis-je ? Puis-je m'affranchir de mon identité ? Et aussi,  qu’est-ce que le mensonge ? Le mensonge peut-il me délivrer ou bien au contraire m'emprisonne-t-il définitivement ? Une omission pour ne pas faire de mal à l’autre, est-ce mentir ? Ne serait-ce pas moi-même, plutôt, que je veux ainsi préserver ?

Bon, j’y retourne, je veux trouver à quel moment exactement Roth nous dit que Coleman n’est pas juif, mais Noir.

Aucun commentaire: